Machisme Haute Fréquence

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Anonyme/

Bienvenue dans le monde du jeu vidéo !

le 4 mars 2014 par Anonyme

Il y a quelques années, alors que je débutais tout juste dans le milieu du journalisme vidéoludique, je travaillais sur mon petit projet de mémoire sur l’enjeu social du médium, forte de mon envie de faire bouger les choses et les mentalités, optimiste et fraîche. Débuta la recherche d’intervenants, d’experts pour affiner mon sujet, discuter du projet, trouver des pistes.

Je suis du genre « lonesome gameuse », je ne joue que pour moi, fuis les modes online, pas une star du milieu ou une personnalité connue en somme. A ce moment-là, je commençais à constituer mon réseau, à parler aux gens en convention, en salon, à montrer que j’existe et que j’ai du talent à revendre.

Je souhaitais interviewer un journaliste plutôt connu pour ce mémoire. Appelons-le M., qui est du genre inaccessible quand on est personne. Je suis passée par les « petites portes » tant bien que mal jusqu’à entrer en contact avec un individu, appelons-le S., plutôt correct de prime abord, travaillant avec lui, me promettant de l’aider. J’y vois une opportunité folle, j’accepte tête baissée, sans me méfier une seule seconde. Et jusque là, tout allait bien.

S. était parfois un peu rentre-dedans, m’avait proposé un plan à trois avec une autre fille « pour rire » (à ce moment-là en tout cas, je l’ai pris sur le ton de la blague… si j’avais su !), mais je n’avais que mon mémoire en tête et s’il fallait supporter ce genre de discours auquel j’ai toujours répondu par la négative, j’étais prête à le faire.

Grâce à ce type, j’ai eu M. au téléphone, prévu une rencontre avec lui lors d’un salon afin que l’on se rencontre, qu’on fasse cette interview et il était très motivé par l’idée. Heureuse, je me pensais tirée d’affaire.

Jusqu’à ce que le discours lourd et « dragueur » de S. reprenne. Si déjà à l’époque, j’avais l’habitude de supporter ce genre de comportement, j’ai commencé à trouver ça un peu louche qu’il me parle de venir à l’hôtel, que si je me « comportais bien », j’irais au restaurant avec eux. Je n’avais rien demandé de tout ça, je n’ai jamais laissé espérer quoi que ce soit, je suis toujours restée professionnelle.

On m’avait promis une accréditation (« Non, ne la demande pas, je m’en charge ça sera plus simple ») que je n’ai pas eu (« Je ne t’ai rien promis, on ne fait pas rentrer n’importe qui comme ça »). Je me suis retrouvée obligée de patienter de très longues minutes pour pouvoir entrer, sentant légèrement le traquenard face à la réaction de S. pour la fausse promesse d’accréditation. Première grosse interview de ma balbutiante carrière, j’étais d’autant plus stressée même si prête à en découdre avec mes questions. Je portais une robe noire très simple, légèrement décolletée (détail anodin mais important pour la suite).

S. me réceptionne enfin, et fait tout pour me tenir près de lui, près du stand. J’ai fait la potiche (« Souris un peu, ça fera venir les gens ») toute la matinée à ses côtés. A attendre une entrevue qui n’arrivait pas. Il me propose d’aller boire un café, de bosser sur mes questions. Je suis de l’école des « On ne lit pas mes questions, on ne relit pas mes interviews » mais décontenancée, j’accepte. Il s’assoit trop près de moi. Regarde un peu trop mon décolleté. Gêne.

« Dis donc, t’as quand même une sacrée poitrine ! »

Re-gêne. Je n’ose rien dire. Je balbutie un « Merci », je commence à avoir un peu peur.

Arrive midi, M. m’aperçoit enfin, vient me dire bonjour. Je me dis que je suis presque sauvée, que tout ça sera bientôt terminé. Nous nous installons pour l’interview, S. se met un peu en retrait, observe mes moindres faits et gestes. L’entretien commence et se passe bien. Heureusement. M. me demande si je veux déjeuner avec eux. S. intervient en criant presque « Non celle-là, elle ne mange pas avec nous, elle a rien à foutre là, elle se casse. » Silence gêné dans l’assemblée. Il me fait sortir en me prenant par le bras et une fois dehors me glisse à l’oreille :

« Maintenant que tu as eu ce que tu voulais, on y va ? »

« On va où ? »

« Dans un coin, tu sais… Mais si ça te gêne, on peut aller à l’hôtel, même si je pensais que tu étais un peu plus cochonne que ça. »

Et là, je réalise ce qu’il me veut. Qu’implicitement, j’avais donc marchandé une interview contre du sexe. Sauf qu’à aucun moment, il n’avait été question de ça. A aucun moment dans nos échanges le « deal » a été annoncé. Je refuse poliment.

« Non mais tu as cru que c’était gratuit ? Par gentillesse ? »

Je me sens prise au piège. Il y a du monde autour de nous, je pourrais hurler… mais M. n’est pas loin, je ne veux pas faire d’esclandre, je ne veux pas me faire remarquer, risquer de passer pour une folle (sa parole contre la mienne) mais j’ai surtout peur. Je négocie difficilement de partir faire un tour du salon arguant que j’ai payé une entrée je dois la rentabiliser, de le rejoindre plus tard. Il garde ma veste. Volontairement. Pour être sur et certain que je revienne.

Je suis partie me réfugier à l’autre bout du salon, tétanisée, ne sachant pas quoi faire. Me demandant si je devais le faire ou non, si c’était comme ça que fonctionnait ce milieu, si ça en valait la peine, ce qu’il se passerait si je disais oui, ce qu’il se passerait si je disais non… J’ai évidemment privilégié mon intégrité et ma dignité. J’ai même eu honte d’avoir pu penser UNE SEULE SECONDE devoir le faire.

Je suis une fille un peu réservée, je n’ose pas blesser les gens, je ne sais pas dire concrètement « Non » ou « Merde » donc je monte un mensonge impliquant la famille, un accident grave etc, solution lâche mais efficace. Pas eu besoin de penser à beaucoup de choses tristes pour retourner auprès de S. en pleurant, tellement je suis à fleur de nerfs. J’explique que je dois partir, il me dit que non, que j’ai le temps, que je dois rester, que je n’ai pas passé assez de temps avec lui. Je récupère ma veste, il me force à lui faire un câlin, bien trop long à mon goût. Je déteste le contact forcé. J’ai envie de vomir. Je fuis en courant le salon, me pensant hors d’atteinte, tranquille.

Faux. C’est là que le harcèlement a commencé. Il m’a envoyé des sms pour savoir quand je revenais, pour me dire que j’avais toujours une dette, que c’était honteux cette façon de réagir, de ne pas tenir mes engagements. Il m’a aussi dit que « le milieu fonctionnait comme ça », qu’en tant que fille je n’avais pas 36 solutions pour réussir, qu’il avait l’habitude de faire ça avec d’autres filles qui souhaitaient quelques avantages. Qu’elles n’avaient jamais dit non, qu’il ne comprenait pas ma réaction, que je n’étais pas normale.

Douche froide. Il a fini par se lasser. Puis il a été remercié, est sorti de tout ça. Après cette première expérience, je me suis longtemps demandée si je voulais vraiment travailler dans un milieu qui traite les femmes de la sorte, comme des « vide-couilles » en somme, où la seule légitimité que l’on a, c’est par le corps.

Avec les années, ce qui me choque le plus, c’est qu’à ce moment-là, j’étais tellement « conditionnée » à avoir une image très précise et sexualisée de la femme dans le monde du jeu vidéo que j’ai vraiment réfléchi à si je devais laisser cet homme abuser de ma naïveté et de ma dignité. Je me suis vraiment demandée si en tant que journaliste spécialisée, j’allais devoir vivre avec ce genre de comportement quotidiennement. Avec ce genre d’acte, avec ce genre de réputation largement ouverte au slut-shaming, aux rumeurs, à la saloperie, au harcèlement.

Depuis, je me suis penchée sur la question du féminisme, de la représentation de la femme dans ce médium que j’adore. Je ne m’interroge plus sur le « dois-je le faire / ne pas le faire » si ma dignité est en jeu, car je me respecte. Je sais que j’ai des armes légitimes pour faire mon travail sans avoir à me justifier sur ma façon d’être, de m’habiller, de me comporter. Même si je me sens encore trop naïve, trop gentille. J’ai « digéré » cet épisode difficilement, mais ça n’a pas réussi à entacher ma motivation à travailler dans le jeu vidéo. Avec beaucoup plus de méfiance et de paranoïa c’est sur, mais avec la même passion comme un gros doigt levé vers ce genre de personnes.

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Quiet, la snipeuse en lingerie

le 24 février 2014 par Yorgl

Comme il est souvent rappelé dans les remarques sur les problématiques inhérentes aux milieux qu’on aime : ce n’est pas parce qu’on apprécie beaucoup quelque chose qu’il faut ne faut pas avoir un regard critique pour autant. En l’occurrence, Hideo Kojima est largement (et à raison) reconnu comme un génie grâce à sa série des Metal Gear (jeux d’infiltration). Pourtant, comme vous l’avez peut-être suivi « en live » durant l’été 2013, la révélation de Quiet, un des personnage du prochain Metal Gear Solid a créé une grosse surprise chez les joueurs et la réaction de Kojima est tristement révélatrice du problème.

Tout commence avec le trailer de Metal Gear V diffusé à l’E3 2013 et la première apparition de Quiet, « une snipeuse privée de ses mots » (3:55) :

Sur son compte Twitter anglophone, Kojima déclare que le but initial était d’inciter à faire du cosplay et de vendre beaucoup de figurines. Il explique avoir demandé un design plus « érotique » (sic), au point d’être potentiellement difficile à cosplayer. Et enfin de donner un aperçu via une capture d’écran… euh… ciblée.

The initial target is to make u want to do cosplay or its figurine to sell well.

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 4, 2013

The character I asked Yoji to make it more erotic, this one may not be cosplayable.

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 4, 2013

Dear Cosplayer friends, something like this for example. pic.twitter.com/SWkN3BSDFy

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 4, 2013

En plus de sembler dire que seuls les persos féminins sexualisés sont dignes de cosplay, Kojima pratique cet amalgame encore étrangement répandu (malgré les chiffres) qui voudrait que les joueurs soient tous des adolescents masculins hétéros obnubilés par le sexe, à qui il faudrait forcément vendre des femmes dénudées. Pour lui, cela semble visiblement irréaliste que des fans achètent les figurines d’un personnage féminin pour d’autres raisons que sa petite culotte.

Voici des concept-arts de Quiet :

382px-Metal_Gear_Solid_5_Quiet_Concept

Metal_Gear_Solid_5_Quiet

Et voici son modèle final :
363170.png 363168.png

Comme on le devine à ses accessoires (armes, ceinture, rangers…), Quiet est une militaire de terrain – qui opère dans le désert si on en croit la bande-annonce. Dès lors, beaucoup de critiques et d’agacements se sont exprimés quant à la sexualisation ridicule de sa tenue : des sous-vêtements sexys en guise de treillis…Ça ne fait pas grand sens et ne témoigne d’aucune créativité (si les artistes souhaitent faire original plutôt que réaliste, pourquoi-pas, mais le perso féminin hyper-sexualisé sans raison ça n’est pas DU TOUT novateur).

Outre les fans, d’autres créateurs réagissent à propos de ce design – ici David Ellis, designer sur la série Halo :

Don't care if this gets me in trouble. This character design is disgusting. Our industry should be better than this. http://t.co/4CCaF1qNEP

— David Ellis (@DavidEllis) September 6, 2013

Industry full of man babies. Ugh.

— David Ellis (@DavidEllis) September 6, 2013

Deux jours plus tard, Kojima s’exprime une nouvelle fois via Twitter pour remettre les choses à plat.

I know there's people concerning about "Quiet" but don't worry. I created her character as an antithesis to the women characters (cont)

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 7, 2013

appeared in the past fighting game who are excessively exposed. "Quiet" who doesn't have a word will be teased in the story as well. (Cont)

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 7, 2013

Il explique qu’il a créé Quiet comme une antithèse des personnages féminins sursexualisés des jeux de combat, tout en rappelant ce que son surnom et le trailer suggéraient déjà : elle ne parle pas. Wouahou, en effet un personnage féminin hyper-sexualisé mais qui ne dit rien, ré-vo-lu-tio-nnai-re.

Il ajoute même que lorsque les joueurs connaîtront les raisons de sa tenue, il seront « honteux de leurs propos », rien que ça. (Autant dire qu’à ce moment-là, l’explication avait intérêt à être béton, mais on y arrive…).

(Cont) But once you recognize the secret reason for her exposure, you will feel ashamed of your words & deeds.

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 7, 2013

Kojima explique également que parmi les thèmes centraux de MGSV se trouvent la haine, les incompréhensions, les préjugés et les conflits causés par les différences de culture, de race ou de préférences (ce qui en soi peut être une excellente base de thèmes, en particulier entre les mains d’un créateur aussi talentueux)… et rajoute que les réactions suivant la révélation de Quiet correspondent exactement à cela. En d’autres termes, ceux qui critiquent le design de Quiet cèdent à des préjugés haineux car ils ne comprennent pas la vision élaborée des créateurs ?

Theme of "MGSV" is "GENE"⇒"MEME"⇒"SCENE"⇒"PEACE"⇒"RACE". Story touches the misunderstanding, prejudice, hatred, conflict caused by (cont)

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 7, 2013

the difference of language, race, custom, culture, and preference. (Cont)

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 7, 2013

(Cont) The response of "Quiet" disclosure few days ago incited by the net is exactly what "MGSV" itself is.

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) September 7, 2013

En parallèle Kojima explique (via Polygon) également qu’il a peut être mal choisi le mot en disant « érotique », et que Quiet est un personnage unique à qui il a voulu rajouter un peu de sexiness (encore une fois, c’est tellement « unique » un personnage féminin sexualisé…). « Les dialogues sont limités dans Metal Gear Solid V, et pour cette raison nous voulons vraiment montrer les caractéristiques de chaque personnage. » Et de rajouter que la caractéristique « sexy » pourrait très bien s’appliquer à des hommes, armes ou véhicules (sic) ; pas de chance hein, il se trouve que ça tombe encore sur un personnage féminin !
On découvre également dans cet article que Stephanie Joosten, l’actrice utilisée comme modèle pour Quiet, indique également avoir été surprise de prime abord, mais que Kojima a de bonnes raisons de l’affubler d’une telle tenue.

Évidemment, cette explication est un peu légère et comme le relève très bien le site Digital Trends, Kojima passe complètement à côté du problème en pensant que c’était juste un mauvais choix de mots, en ne comprenant pas ce qui gêne la communauté avec une capture des fesses du personnage et en se défendant de façon aussi arrogante.
Non, le problème n’est pas le mot « érotique » et le remplacer par « sexy » n’arrange rien, parce que le souci est le manque total d’originalité d’un tel design, vu et revu au sein même de la série Metal Gear Solid (Sniper Wolf, Eva, Fortune, les Beauties…) sous prétexte de choix scénaristiques; et ce, quelques jours après avoir été pourtant décrit comme un choix fait pour vendre et inciter au cosplay.

Sur la toile, les spéculations circulent, en particulier celle comme quoi des scènes de tortures (voire de violences sexuelles) seraient la raison de cette tenue. En effet, dans les premières secondes du trailer de l’E3 2013, on voit Quiet (le visage masqué) en train d’être torturée. On notera au passage que si les collants règlementaires des femmes militaires ne supportent pas la proximité d’un courant électrique, en revanche la peau exposée directement à ce courant s’en remet extrêmement bien !

Ces suppositions sont confirmées début 2014 avec le classement ESRB de MGSV qui indique qu’en plus du sang et de la violence, le jeu contiendra de la violence sexuelle. La production du jeu indique que les éléments propulsant ce jeu en catégorie 18+ sont plus suggérés que montrés. L’ESRB, l’autorité chargée d’assigner des catégories informatives au jeu en fonction de son contenu, confirme et explique qu’un fichier audio du jeu dépeint une femme subissant une agression sexuelle par des hommes et que, si aucune image n’est montrée, des bruits de cris et de lutte seront entendus (Source).

L’excuse de l’agression sexuelle, en plus de la torture déjà aperçue, semble bien confirmée (même si, rappelons-le, il n’y a pas de certitude sur le fait que cette scène concerne Quiet, c’est juste très vraisemblable). De quoi nous faire avoir « honte de [nos] mots » ? Rien n’est moins sûr, un tel poncif est d’une banalité sans nom et l’élément narratif de la femme caractérisée par son agression sexuelle a été utilisé ad nauseam (comme l’expose très bien Anita Sarkeesian). Quand il s’agit carrément d’utiliser le viol pour justifier un chara-design ultra-sexualisé dans le but de vendre, ça devient franchement répugnant…D’autant plus que ça ne tient pas : la lingerie sexy ne fait pas vraiment partie de l’uniforme standard de la militaire en mission.

Ainsi, pour résumer cet épisode, un grand créateur créateur de jeux (souvent considéré comme un génie) révèle un modèle de personnage féminin hyper-sexualisé en donnant des raisons douteuses (cosplay et vente de produit dérivé), répond avec arrogance à l’énorme bad buzz suscité, prétexte une bonne raison pour cette sexualisation (qu’il qualifie au passage « d’unique »)… et finalement on découvre que la « bonne raison » semble bien être le cliché vu, vu, vu et revu.

[Ajout par Mar_Lard :]

Pour les figurines, ça n’a pas traîné :

"Quiet" by PalyArts KAI. Still in progress. pic.twitter.com/8F1wFFXsjs

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) January 20, 2014

Here's "Quiet" test model still in progress by PlayArts KAI. pic.twitter.com/FUE8FUU0Wv

— HIDEO_KOJIMA (@HIDEO_KOJIMA_EN) January 20, 2014

Édité par Mar_Lard

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Artistes de la drague

le 18 février 2014 par Kalayel

C’est à nouveau une anecdote arrivée en jouant à Killing Floor que je vais partager.
En joignant une partie au hasard, je suis tombé sur la discussion la plus absurde jamais rencontrée dans ce jeu. Au moment même où je venais d’entrer dans la partie, deux personnes étaient en train de discuter, et je suis tombé vers la fin de la discussion, l’un d’eux statuant “De toute façon, la confiance en soi c’est très important pour plaire à une fille.”, sans doute histoire de montrer à son interlocuteur qu’il en connaissait un rayon. La partie s’annonçait difficile, et le fait que j’arrivais au moment des vagues les plus dangereuses n’y était pour rien…

Parce que commencer une partie avec deux personnes s’échangeant des conseils de drague éculés n’est pas le pire, le pire étant quand j’ai compris que la fille en question était toujours de la partie, et qu’ils l’interrogaient nombre de fois tout en étant dans le feu de l’action. Pour préciser un peu plus le contexte, la fille jouait Berzerk, une classe spécialisée au corps-à-corps, qui reste quasi-toujours en première ligne pour déblayer les “zeds” les plus faibles et “stun” les plus gros grâce à ses aptitudes. Les deux dragueurs en herbe (tout du moins un en herbe, l’autre certainement en compost) étaient quant à eux médics.

Nous avons donc un personnage en première ligne, se prenant constamment ou presque des dégats, et à l’arrière deux médics, censés résoudre ce fâcheux cas de figure, mais qui préfèrent discuter entre eux tandis que le reste de l’équipe se retrouve souvent à l’agonie en l’attente d’un heal salvateur, parfois dirigée justement par la fille en question (qui donnait des ordres parfaits tout en hachant du “zed”). Cette partie a été du gros n’importe quoi (bien que remportée) parce que les heals ne faisaient pas leur boulot, et préféraient impressionner la joueuse, comme par exemple dans ce bout de conversation (à la base en anglais) :

“Ça fait combien de temps que tu joues ?”
“Environ 3 mois”
“Ha, moi je joue depuis 3 ans !”

J’ai bien tenté de calmer le jeu en glissant un “Vous pourriez lui foutre la paix et healer plus ?”, mais n’ai reçu aucune réponse.
Ce qui me choque le plus ici, ce n’est pas, encore une fois, que certains prennent la peine de s’arrêter totalement de jouer, sous le feu ennemi, pour chatter (et principalement écrire des idioties), mais qu’ils s’échangent des “bro-stuces” pour choper alors que la fille est -toujours- là. C’est comme si elle n’existait pas, qu’elle n’était qu’un vague sujet de test. Par contre, elle existe quand on a envie de savoir depuis combien de temps elle joue, ce qu’elle fait dans la vie ou encore où elle avait passée ses dernières vacances.

Bien que le jeu soit basé sur la coopération, à part aux plus haut niveaux de difficulté, les gens parlent très peu, car ceux avec un peu d’expérience connaissent les endroits clés des maps et les rôles qu’ils ont à y tenir. Pourtant, il suffit d’une fille pour que certains ne s’arrêtent pas de parler inutilement, alors qu’ils pourraient juste la considérer comme une joueuse, au lieu d’un coup potentiel.

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Harcèlement sexuel dans le milieu des comics

le 13 février 2014 par Wood

L’affaire a été lancée par la dessinatrice Tess Fowler en octobre 2013 quand elle a révélé avoir été harcelée sexuellement par l’auteur & illustrateur majeur de comics Brian Wood (Demo, Northlanders, The DMZ, The Massive, Conan, X-Men…) et jusqu’ici souvent présenté comme « féministe ») il y a une dizaine d’années.

Le Docteur Nerdlove a repris et analysé cette affaire et les réactions qui ont suivi sur son blog. Avec sa permission, nous avons traduit l’article en question.

 

Privilège des nerds masculins : Tess Fowler et le harcèlement dans les comics

15 Novembre 2013 par Dr.NerdLove

Cela fait un moment que je n’ai pas fait un article sur le « Privilège des nerds masculins ». Mais finalement, il se passe toujours quelque chose dans les fandom et l’univers me donne une nouvelle opportunité d’illustrer ce qu’est le privilège masculin et comment la culture nerd est souvent impliquée dedans jusqu’au cou.

Parlons sérieusement : Je suis bien conscient qu’à chaque fois que je poste quelque chose qui touche aux problèmes féministes, j’ai un pic de connexions, et il est facile de dire que j’écrit à propos de ces sujets uniquement pour augmenter le nombre de vues et pour l’influence que cela m’apporte. Et considérant les personnes concernées, l’idée d’utiliser le féminisme comme une manière d’avancer dans une carrière est d’une certaine façon poétique. Mais le problème est là : Je suis un geek. J’aime la culture geek… tout spécialement les comics. J’aime les comics en tant qu’art et medium. Certaines de mes histoires favorites, celles qui m’ont touché émotionnellement plus que 99% de la littérature occidentale classique, venaient des comics. J’ai même occasionnellement fait quelques boulots comme créateur et éditeur. J’ai été dans les tranchées et j’ai de profondes, profondes racines dans le fandom des comics et dans cette industrie.

C’est pourquoi l’industrie des comics me fait chier à un point rarement atteint par d’autres sujets.

…et pourquoi je ne devrais pas lire « Bleeding Cool » [site d’informations sur les comics] en me levant le matin.

Parce que, aussi fort que j’aime la culture geek dans son ensemble et les comics en particulier, il y a des moments où je me souviens que malgré tous les progrès que nous avons fait, elle est encore profondément régressive et arriérée dans la façon dont elle traite les gens qui y prennent part.

Mais peut-être que je vais trop vite.

Laissez-moi revenir un peu en arrière.

Tess Fowler et la promotion canapé des comics

Le mois dernier, Tess Fowler – une auteure de comics accomplie et incroyablement douée – a posté une série de tweets à propos d’une expérience profondément déplaisante avec un gros bonnet des comics  qu’elle a rencontré à la San Diego Comic Con – la plus grosse convention comics et pop-culture des Etats-Unis. Le professionnel en question – qui a une grosse influence, travaillant pour un des plus gros titres publiés en ce moment – a dit être intéressé par son travail et l’a invitée dans sa chambre sous prétexte d’ « apprendre à mieux la connaitre » et peut-être de l’aider dans sa carrière.

Tess comprit exactement ce qu’il voulait dire par là – c’était un scénario de promotion canapé ; elle jouait le jeu (pour ainsi dire) et peut-être que cela la mènerait quelque part, clin d’œil, hum hum, inutile d’en dire plus. Ce n’était pas franchement subtil : si on se réfère à ses tweets, il a coupé ses amis au milieu d’une conversation afin de lui donner son numéro de chambre et de lui faire savoir qu’il l’attendrait.

Lorsqu’elle n’a pas répondu à son invitation, il a piqué une crise à la convention, lui criant après depuis sa chambre et demandant à savoir pourquoi elle ne s’était pas montrée. Bien sûr, comme si crier sur quelqu’un qui refuse de vous sucer n’était pas suffisant, il la confronta plus tard sur Facebook et lui fit savoir que a) il n’avait jamais eu l’intention de l’aider dans sa carrière, b) qu’il pensait que son art était de la merde et c) qu’elle devrait se considérer chanceuse qu’il lui ait seulement parlé.

Après des semaines pendant lesquelles les gens ont fait des rapprochements et partagé des ragots, Tess décida qu’il était temps d’appeler un chat un chat et de donner des noms.

I'm going to say it. And fuck anyone who doesn't like it. Brian Wood is a DICK. And he's preyed on women for too long.

— TessFowler (@TessFowler) November 13, 2013

« Je vais le dire. Que ceux à qui ça ne plaît pas aillent se faire foutre. Brian Wood est un CONNARD. Et il a menacé les femmes trop longtemps. »

Heidi McDonald de The Beat contacta Wood quand la nouvelle tomba ; il déclina l’interview à ce moment-là et, d’après ce que je sais, il n’a toujours rien dit à ce sujet.

(Note du Doctor le 15/11/2013 : Brian a depuis publié une déclaration à ce sujet sur son site. [La page n’existe plus])

Pour nombre de fans, ce fut un choc : Brian Wood est connu, entre autres, pour ses références féministes dans l’industrie des comics. Il est l’auteur du premier titre entièrement féminin de X-Men dans l’histoire des comics Marvel et a favorisé la carrière de nombreuses femmes durant son contrat en tant qu’écrivain de Conan le Barbare, Northlanders, et d’autres titres. Et pourtant, d’autres personnes on partagé des récits de traitement similaires de sa part.

Malheureusement, l’experience de Tess Fowler est loin d’être unique. En fait, ce comportement – allant des comportements sordides-mais-légaux à l’agression sexuelle – fait partie de l’industrie des comics depuis un certain temps.

Poitrines, mains aux fesses et plafond de verre

J’ai la chance d’être ami avec de nombreuses personnes douées d’un talent fou dans tous les domaines de l’industrie des comics, depuis les jeunes talents, en passant par les étoiles montantes et les noms connus, auteurs, artistes et éditeurs… et toutes les femmes impliquées dans l’industrie du comic que je connais ont une histoire comme celle de Tess.

Chacune . D’entre. Elles.

Certaines personnes ont parlé de leur traitement dans les comics. Un nom qui revient encore et encore est celui de Julius Schwartz. Schwartz  faisait partie de la haute société des comics, un contemporain de légendes telles que Carmine Infanto et Joe Kubert – une figure adorée chez DC Comics et une pièce majeure de l’âge d’or des comics. Tout le monde aimait « Oncle Julius », qui racontait les meilleures histoires et avait un rire contagieux. Et pourtant beaucoup, beaucoup de femmes – dont certaines de mes amies – ont des histoires sur l’ « Oncle Julius ». Des histoires de mains baladeuses, ou de baisers qu’on a tenté de forcer… ou pire. « Oncle Julius » a aussi agressé une jeune artiste de comics dans une limousine et a harcelé sexuellement plusieurs autres femmes travaillant dans les comics à cette époque.

Mais, hé, qui allez-vous croire ? Le créateur adoré de Flash, Hawkman et Green Lantern, ou quelques nanas ?

Même en admettant que c’est un comportement dégueulasse de la part d’un vieil homme, vous pourriez pardonner tout ça en pensant que c’est du passé – un point dégoutant mais final dans l’histoire des comics… si jamais c’était passé, vous savez.  Terminé.

Les hommes en position de pouvoir et d’autorité – créateurs, rédacteurs et éditeurs, organisateurs de convention – faisant des avances et des remarques inappropriées ou essayant de manipuler de jeunes et impressionnables créatrices via le sexe… En parlant à assez de femmes dans les comics, vous aurez l’impression d’entendre parler de ce qui se passait à Sterling Cooper, pas des conventions en 2013 [Sterling Cooper Advertising est une agence publicitaire inventée pour la série Mad Men, dirigée par un homme manipulateur et séducteur].

Il y a une partie de moi qui en veut encore à Pepe Le Putois pour ça. [Pepe Le Putois est un personnage de Looney Tunes, dragueur, manipulateur et harceleur d’une chatte qu’il prend pour une moufette. Il s’agit d’ailleurs…d’une caricature de français.]

Si vous demandez à cette créatrice, elle pourrait vous parler de cette atmosphère permanente de micro-agressions et de traitements dégradants de la part des autres créateurs masculins. Elle pourrait vous parler du comportement de repoussement des limites, des multiples pièges « Ca te dirait un diner avec moi ? Non ? Alors peut-être un petit déjeuner, heh heh… »,  des propositions type « Je plaisante juste, ne prends pas ça au sérieux… sauf si ça t’intéresse » constantes. Elle pourrait vous parler des créateurs qui vous attrapent les fesses pendant un câlin « amical » ou du collègue qui insiste sur le fait que s’il doit continuer à travailler avec elle, elle doit être « plus gentille avec lui » pendant qu’il se penche en entrant dans son espace personnel.

Les cosplayeuses pourraient vous parler du photographe de renom qui continue à insister pour une session de photos « privée ». Les créateurs Asio-Américains pourraient vous parler de ce créateur avec un « penchant pour les Orientales » avoué ou ceux qui vont en remettre une couche encore et encore sur la façon dont les femmes Asiatiques sont tellement mieux que les femmes blanches car elles savent comment s’occuper de leurs hommes.

Elle pourrait vous parler de ce créateur qui a insisté et insisté encore pour un plan à trois avec lui et sa femme, ou cette fois où elle a du partager une chambre avec un autre professionnel pour finalement le trouver debout près de son lit au milieu de la nuit avec un préservatif à la main. Vous pourriez entendre parler de cet employé de convention qui essaie de forcer de longs, longs câlins avec des invitées femmes, ou de celui qui voulait faire la démonstration de son « outil de massage » sur elle dans sa chambre. Ce sont des pros qui se sont exhibés, ont tripotés des artistes dans les jacuzzis et les cages d’escaliers ou qui ont voulu toucher et attraper ses seins pendant la convention.

Et ce ne sont pas simplement des fans ou des connaissances et amis socialement inadaptés, ce sont leurs idoles, leurs collègues, leurs éditeurs, patrons et mentors. Des gens de qui vous attendriez un comportement poli et un minimum de professionnalisme et de décence.

Une fois, c’est un incident. Deux fois, c’est une coïncidence.  Trois fois, c’est une composante sous-jacente de la culture. Encore une fois, j’insiste sur le fait que ce n’est pas un incident arrivé une fois, le cas déplorable mais rare. C’est tellement commun que presque toutes les femmes dans l’industrie des comics ont vécu quelque chose de ce type ou connaissent quelqu’un à qui c’est arrivé.

Comme Fowler elle-même le dit :

Le comportement de l’homme en question est considéré comme normal dans ce domaine d’activité. Et le peu de personnes qui sont au courant considèrent que c’est de ma faute car je suis « tombée dans le panneau » quand il a feint de s’intéresser à mon travail. Dans ma quête de professionnalisme j’ai été confrontée à ce genre de choses.

Bien sûr, vous pouvez en entendre parler par une seule personne… mais il est rare qu’un tel comportement devienne plus qu’un secret mal gardé. Tout le monde devrait le savoir, mais personne ne veut en parler. Et cela fait partie du problème.

La culture du silence

Ce comportement est permis par une culture du silence omniprésente, particulièrement lorsqu’il s’agit du mauvais comportement de pros. Les femmes sont éduquées pour être gentilles, respectueuses, pour éviter d’attirer l’attention sur elles et ne pas faire de vagues… et c’est encore plus prononcé dans les comics. L’industrie des comics est un monde incroyablement petit, où obtenir un travail tiens autant à votre capacité à vous créer un réseau, à vous faire des contacts et à construire des relations qu’au talent lui-même. Une personne avec qui il est facile de travailler et qui  honore ses délais a encore plus de valeur que l’écrivain lunatique mais brillant ou l’illustrateur populaire qui ne pourrait pas rendre ses pages à temps même si sa vie en dépendait. Pour beaucoup de femmes, il est moins gênant de ne pas s’exprimer que de craindre d’être mise sur liste noire, ou étiquetée comme « difficile ». Cela devient même plus qu’une perspective intimidante quand la personne qui vous harcèle (ou pire) est bien établie dans la hiérarchie – un pro reconnu, un éditeur, quelqu’un qui a plus de poids dans l’industrie que son accusatrice.

« Je n’ai jamais parlé publiquement de mes expériences merdiques dans les comics parce que je ne suis personne et les gens diraient que je cherche juste à attirer l’attention sur moi ou ce genre de choses », comme un.e de mes ami.e.s me l’a dit.

C’est ironique pour une industrie bâtie sur l’anonymat.

Quand beaucoup de femmes se mettent à s’exprimer, elles sont souvent immédiatement sous le feu des projecteurs, particulièrement si elles donnent des noms. Celleen Doran et Lea Hernandez l’ont toutes deux constaté directement lorsqu’elles ont parlé publiquement du harcèlement auquel elles avaient fait face durant leurs carrières et ont presque immédiatement rencontré un incroyable raz-de-marée d’outrage. Elles ont été accusées de mentir, d’être des salopes en mal d’attention, d’être hypersensibles ou tout simplement folles.

L’ironie de traiter Colleen – qui, entre autres choses, a du supporter un harceleur pendant plus de 20 ans – d’hypersensible à propos du comportement de merde des hommes est particulièrement dure.

Le résultat, c’est que les femmes doivent généralement faire confiance à un réseau de chuchoteurs de couloirs pour savoir qui est cool et qui éviter, qui est sans danger, qui est vraiment un bon gars et avec quelles personnes vous ne devez jamais vous retrouver seule. C’est devenu un problème de « marche manquante » – tout le monde à tellement l’habitude de sauter la marche qui manque qu’on l’oublie, jusqu’à ce quelqu’un qui n’est pas prévenu trébuche dessus.

Et les dommages causés – à chaque femme individuellement et aux comics dans leur ensemble – sont immenses. Ce comportement abat même les plus fortes et les plus brillantes, détruisant leur confiance et leur estime d’elles-mêmes. Cela chasse certains des meilleurs et des plus brillants talents de l’industrie – et pourquoi voudraient-elles faire partie d’un système qui leur dit continuellement qu’elles ne sont là que pour décorer, pour être un objet sexuel  jetable ? De la même façon que l’étiquette « fake geek girl », c’est devenu une façon de plus de minimiser et marginaliser les femmes, les empêchant de participer pleinement à un fandom qu’elles aiment – autant en tant que fans qu’en tant que créatrices.

Debout

Et nous en arrivons ainsi à la partie de ce post traitant du privilège masculin. Les comics- et les fandom en général – font partie d’une culture incroyablement masculinocentrée. La majeure partie des agitateurs, des moteurs, des négociateurs et des détenteurs de pouvoir sont des hommes… et nous ne faisons simplement pas face à ces problèmes étant donné notre genre.

Les femmes sont obligées de se battre et d’endurer cela ; les hommes avancent gaiement sans s’apercevoir du tout de ce qui se passe.

Et nous sommes aussi dans une position où nous pouvons aider à arrêter tout ça.

Un des problèmes actuels avec le harcèlement dans les comics – et dans les conventions en général – c’est que la responsabilité d’éviter les mauvaises personnes est imputée aux femmes ; du genre « ne te laisse par harceler » au lieu de ne pas autoriser le harcèlement dès le départ. Dans son post « Comic guys, Harrassment and Missing Stairs », Rachel Edidin, anciennement éditrice chez Dark Horse Comics indique clairement que chaque fois que le sujet ressort, chaque fois que le réseau des chuchoteurs partage des noms à éviter et des astuces pour rester en sécurité, il n’y a presque jamais de conversations en parallèle entre hommes, à propos de ne pas traiter les femmes comme de la merde. L’air du « les mecs seront toujours des mecs » ou « à quoi tu t’attendais ? » continue, et c’est affolant.

Ça ne suffit pas pour les hommes, de juste  «ne  pas être ce gars ». Nous ne pouvons pas juste nous taper dans le dos mutuellement pour nous féliciter de ne pas être des connards comme si c’était une façon de se dire que nous allons au-delà du strict minimum pour être un homme. Le comportement masculin est le problème et nous devons faire partie de la solution.

C’est une vérité déplaisante à propos de la société telle qu’elle est aujourd’hui : les hommes sont privilégiés car ils ont une voix qui porte plus que celle des femmes.  Il est plus facile d’écarte les problèmes des femmes, de –comme le dit Edidin – silencier les femmes en les étiquetant comme mécontentes ou aigries. Quand nous exprimons notre soutien, nous aidons leurs voix et leurs messages à aller plus loin, à entrer plus en profondeur.

Nous devons accepter de risquer de potentielles répercussions pour dénoncer le harcèlement lorsque nous en voyons, particulièrement si nous sommes en position de l’influencer directement. Nous devons accepter d’affronter les autres, d’amplifier le signal quand c’est nécessaire et de nous exprimer quand nous sommes témoins de harcèlement. Nous devons être les alliés des femmes, leur proposer du soutien quand elles en ont besoin et un appui lorsqu’elles le demandent.

Les comics sont supposés être un espace ou chacun se sent en sécurité, où la diversité est bienvenue et où le harcèlement et les agressions ne sont pas permis, où les charognards n’ont pas le droit de traquer les autres.

Et c’est à nous de nous élever et d’aider à ce qu’il en soit ainsi.

Source et crédit : http://www.doctornerdlove.com/2013/11/nerds-male-privilege-tess-fowler-comic-harassment/

Traduction par Shetty
Édité par Mar_Lard

Storify rassemblant l’essentiel des tweets de Tess Fowler sur le sujet :

Comics articlebrian woodcomicsculture du violharcèlementharcèlement en ligneharcèlement sexuelmilieu professionneltémoignagetraduction

Mago spé poupée gonflable

le 6 février 2014 par Omnimessie

Le jeu de rôle est un milieu bien particulier, surtout lorsqu’il se joue sur table, sur papier, avec les gens physiquement présents. En 2010 j’étais encore débutante en JdR : quelques parties déjantées avec des potes en école d’ingé, une « campagne 1 » de Donjons et Dragons… Pas de quoi revendiquer un CV touffu de joueuse mais assez de parties pour découvrir que le JdR est loin de l’image qu’on s’en fait : pas un milieu de weirdos excentriques, plutôt le contraire même.

A peine sortie de l’école, sortant avec un copain rôliste depuis des années déjà, je rejoins tout naturellement « sa table. 2 » Là, le Maître du Jeu, B., un homme entre 40 et 50 ans, maîtrise du L5R, un jeu médiéval fantastique dans un univers japonisant. J’ai hâte de pouvoir jouer dans une campagne, dans un univers original et fouillé, où le « jeu de rôle » est bien plus important que dans Donj’ qui a trop souvent tendance à être un PPMT. 3

Fait important et qui signe mon arrêt de mort : je décide pour la première fois depuis que je joue aux jeux de rôle d’incarner une femme histoire de casser mes habitudes. J’opte pour une shugenja, ce qui dans L5R est en gros une magicienne/prêtresse.

La création de personnage

D’abord le MJ propose de me laisser faire ma fiche toute seule ou de lui laisser faire le perso car « il a une idée de personnage qui pourrait coller. » Peu au fait de la création de perso de L5R et sachant par mon copain que le MJ a quelques « règles maison » sous le coude, je lui fais confiance pour me faire mon personnage. Il me demande si ça me va un personnage avec un « sombre secret. 4 » Je dis oui, il me propose qu’elle soit heimin 5 au passé trouble. J’approuve avec joie, yay un personnage torturé, gogogo !

Il m’envoie ma fiche, quelques jours avant la partie. Avec un historique de 4 pages, dont le message laisse transpirer qu’il n’est pas peu fier.

Car oui, j’ai quatre pages, rien que pour raconter la vie de mon personnage. Une fille de prostituée. Qui a vécu sa jeunesse au lupanar. Qui a volé les affaires d’une jeune fille noble pour se faire passer pour elle. Qui est « beauté du diable » ce qui dans le bouquin de règles veut dire « belle », mais, et je ne l’apprendrai que 3 mois plus tard, pour B veut dire « sexy à violer ». Oué carrément.

Ce que j'imaginais

Ce que j’imaginais

Ce que j'ai eu

Ce que j’ai eu

Bon okay passons sur le mauvais goût, me dis-je. Je me dis que ça va, après tout, je vais jouer une fille indépendante, débrouillarde, qui est prête à tout pour ne pas retourner d’où elle vient : exactement ce que je veux, aux chiottes les stéréotypes après tout, non ?

1er scénario : centré sur le passage du gempukku de mon personnage 6 lors d’un tournoi. Suite à différents événements, mon personnage se trouve séparé du reste du groupe (donc les autres joueurs quittent la table pendant ce temps) et est kidnappé. Mon personnage se réveille : elle est attachée, deux PNJ 7 baraqués dans la salle. Je décide d’user des charmes de mon personnage pour attirer les PNJ plus près, puis, ayant au préalable réussi mon jet pour me délier les mains, les assommer.

Là premier passage bizarre : au lieu de faire une scène d’action comme on en verrait dans les films, et comme je m’y attendais, B me demande, les yeux dans les yeux, si ça me dérange de jouer la scène.

Naïvement, je dis pas de problème. S’ensuit alors un moment creepy où il décrit les PNJ avec leurs pattes velues et leurs yeux libidineux et mon personnage « à leur merci et qui leur fait du gringue. » Je suis seule, moi joueuse, dans le salon, la main serrée sur une poignée de dés 10, la quantité que j’avais calculée, la quantité nécessaire pour foutre un pain à ces PNJ. Je pensais les jeter de suite, mais on dirait que le MJ pense qu’il est nécessaire que je fasse jouer la scène à mon personnage.

Et ça finit par se terminer. Après cet instant bizarre, qui me laisse un peu incertaine, je peux jeter mes dés, après avoir insisté « là maintenant, mon personnage agit, oui maintenant ! » Encore aujourd’hui, je ne sais pas combien de temps B aurait continué à raconter ce qui paraissait être son petit film de boules perso.

Je me dis que je me fais des idées. Et le scénario continue. Le tournoi commence ! Et le MJ, jubilant, annonce que la première épreuve ce sera de la lutte. Dans une fosse. Dans la boue. Avec un PNJ féminin.

Qu’à cela ne tienne. Je le fait, un peu interloquée, mais je le joue de bon cœur : mon perso est censé faire partie d’un clan très axé combat et pragmatisme ! Puis il y a une épreuve de course d’obstacle. « C’est plus pratique de le faire en sous-vêtements, avec une sorte de bandeau pour la poitrine et un slip… » que me dit le MJ, en pleine poker-face qui dissimule si peu son ton à nouveau jubilatoire.

Ce premier scénario passe. Après avoir expliqué à mon copain ce moment weird, il me dit que oui, B est « bizarre » et a « son caractère » (il s’énervait parfois de manière complètement incongrue, tout seul.) Mais il me dit « si ça te dérange, il faut que tu le dises, je peux lui transmettre si tu veux. » Il avait raison, mais moi, naïvement, je ferme ma gueule : je ne voulais pas pourrir l’ambiance de la table, « c’est que le premier scénario », « non mais d’un autre côté mon personnage je lui ai fait jouer la carte de la séduction, c’est ma faute ». Toutes les excuses sont bonnes.

2ème scénario : Nos personnages sont capturés par des « gaijin 8 », le mien est amené dans une tente à part, visiblement pour être vendue dans un harem. Un PNJ « teste » mon personnage pour vérifier sa virginité et cerise sur le gâteau au WTF, le MJ déclare : « Elle n’est pas vierge. »

J’ai demandé alors à mon copain le soir même de dire à B d’y mettre la pédale douce. J’ai alors l’impression que ça se calme.

L’ambiance demeure cependant très sexualisée dans les scénarii, PNJ sexistes, exagération jusqu’à l’absurde des stéréotypes pour les clans.

Pour l’anecdote, le clan de la Grue est un clan pacifiste et social, au moins en apparence. Raffinement, pacifisme, jeux de cours ? Visiblement pour lui ça devait être suffisamment un truc « de tapette » pour que tout ce qui y touche devienne un remake de la cage aux folles. Donc dans le L5R de B, c’est devenu un clan plus semblable au couvent des sœurs de la perpétuelle indulgence : hommes et femmes, fardés et le visage blanchi, maniérés, coiffures et vêtements exagérément peu pratiques et quasiment comme dans un cirque. Sauf que les sœurs le font pour la théâtralisation, pour B c’était « dans le BG. »

Voilà un membre du clan de la Grue. On est quand même loin de l'imagerie théâtralisée ultra-fardée utilisée pour se moquer des transsexuels.

Voilà un membre du clan de la Grue. On est quand même loin de l’imagerie théâtralisée ultra-fardée utilisée par les sœurs pour questionner les normes sociales.

5 ou 6ème scénario : La diplomate du clan du scorpion dit que « il paraît que vous êtes une experte en lutte… » Pardon ? S’ensuit une sorte de tournoi improvisé. Ah tiens c’est fou, ils avaient une arène de lutte pile poil c’est fou la magie du scénario. Et, oh !, avec de la boue (again ?). Mon personnage lutte contre cette diplomate. Pour « déstabiliser mon personnage » (sic), B a la technique ultime : son PNJ, en pleine manœuvre de lutte, embrasse le mien à pleine bouche.

Les yeux exorbités en lui demandant comment « physiquement » c’était possible sans qu’elle me fasse un coup de boule, il me répond « oh non mais sinon je jette les dés hein. » Et il le fait, il jette une poignée entière de dés parce que, oui, il avait fait un PNJ diplomate super bourrin. En lutte. Pourquoi ? Pour aucune raison valable puisque cette foutue diplomate ne réapparaît pas du scénario.

Le lendemain dimanche, le scénario continue. On s’infiltre dans une ville du clan de la Grue (insérer moult situations et blagues d’un goût douteux sur les travestis, les homosexuels et les transsexuels.) On décide que je serais alors la fausse dignitaire du clan de la grue, les autres mes serviteurs. Tout se passe comme sur des roulettes… Jusqu’à ce que l’on arrive à l’ambassade de la Grue où un PNJ nous interpelle.

En fait c’était un garde de l’ambassade qui s’est mépris sur mon identité, me « confondant avec un vrai ambassadeur » connu dans le coin. Nous sommes accueillis en grande pompe (cool !), invités à nous reposer, mon personnage est escorté dans une chambre individuelle (cool !) où deux servantes font irruption pour me demander si tout se passe bien (cool ?) puis m’apportent un coffre (euh… cool ?). Que j’ouvre. Qui est blindé de matériel de bondage. (wtf ?)

Silence autour de la table, puis le joueur-qui-triche [^9] fait « Sérieux ? » mi-hilare, mi-gêné. « Oui » que dit B, « à l’époque la sexualité, blablabla, et le clan de la Grue blablou, d’ailleurs dans le supplément numéro Machin des secrets du clan Truc y a marqué que bliblibli… »

Dans la semaine, mon copain, que je ne remercierai jamais assez de m’avoir soutenue et m’avoir aidé à faire passer le message, dit à B qu’il faut qu’il arrête, sérieusement, car ça me gène et que si c’est à nouveau comme ça, je tue mon personnage en séance et je joue un mec.

Le MJ lui répond alors que okay, « il avait pas réalisé que ça me gênait. » Le pire c’est que je pense, je crois, qu’il n’en avait effectivement pas conscience.

Nous en étions alors à en gros 6 mois de campagne.

Si ce genre de trucs vraiment chiants et graves ne s’est plus reproduit, il faudra compter encore un an de campagne durant lesquelles les petites piques vexatoires se succèdent. Une fois c’est un garde qui fait des propositions graveleuses à mon personnage, alors magistrate, qui refuse de la croire quand elle lui donne son rang. Une autre fois c’est un PNJ gradé qui lance des œillades répétées et insistantes à mon personnage. Une fois c’est un dîner avec un concours de haiku, l’un d’eux comparant mon personnage à une catin. A chaque fois il y a une « bonne excuse », il fait nuit et le garde est bourré/inculte, le PNJ gradé est tombé amoureux/est un salaud provocateur, le PNJ et son haiku attaque de cette manière notre délégation c’est juste symbolique. Et très, trop, souvent : « c’est rigolo », « c’est de l’humour », « c’est pour rigoler », « bah, ça va pas ? ».

Alors un jour, après un scénario assez long où il y avait eu essentiellement des combats, et où franchement je m’étais fait chier, j’ai dit à B que j’arrêtais de jouer. « Désolée. » « Voilà. »

Je n’ai pas plus expliqué que ça et ça en est resté là. Mon copain a incidemment arrêté aussi à cette table et depuis nous jouons tranquille à cette table bis, avec des amis not-creepy, j’ai masterisé des jeux… J’ai dépassé cette sale expérience donc.

Car j’aurais pu en sortir dégoûtée, et parfois j’imagine ce qu’aurait fait à ma place la femme que j’avais rencontrée à la table de Donj’. Je l’imagine et je sais très bien ce que cela aurait donné : les premières parties, abasourdie, puis une partie elle aurait eu mal au ventre, l’autre mal à la tête, et, bon, de fil en aiguille elle ne serait pas revenue, désolée, je fais des pilates/du body combat y avait que le weekend, trop dommage, et en fait elle n’aurait plus jamais joué aux jeux de rôle.

Beaucoup de choses sont dérangeantes dans cette histoire, finalement. Le fait que j’ai encaissé si longtemps. Le fait que le MJ était suffisamment à l’ouest pour ne pas comprendre qu’infliger ses fantasmes à la table et à mon personnage et donc à moi c’est dégoûtant, anormal. Le fait que le-joueur-qui-triche, pourtant étudiant en psycho, ne remarquait rien, s’en battait les couilles. Le fait qu’au final l’ambiance était pourrie bien avant que je n’arrête, et pour de toutes autres raisons (dégradation de la qualité des scénarii, trop de monde à la table), mais que j’ai quand même eu plus peur pour l’ambiance que pour mon plaisir de jeu. Ce qui est dérangeant c’est que tout ça se soit passé dans notre salon, avec parfois mon copain assis à côté de moi, grimaçant pendant que B délirait à plein tube sur l’unique personnage féminin de la table : le mien.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet du fantasme masculin prêt-à-incarner quand on joue aux JDR. Au fur et à mesure que le jeu de rôle perd son image de milieu de barbus inadaptés, de plus en plus de femmes s’y insèrent… Mais les stéréotypes, parce qu’ils sont plus faciles à jouer, sont encore trop pléthoriques pour que disparaissent ces creepy-guys et creepy-moments dans l’immédiat. Hélas.

Édité par Alda


  1. On parle de campagne lorsque plusieurs parties se suivent, menant les personnages le long d’une intrigue poussée et se prolongeant sur plusieurs semaines, mois, voire années. ↩
  2. On dit « rejoindre une table » lorsque l’on s’incruste ou que l’on est invité dans un groupe déjà formé de joueurs avec un ou plusieurs maîtres du jeu ↩
  3. Porte Piège Monstre Trésor, se dit des jeux où on roule beaucoup de dés, on suit de longs couloirs et où le schéma narratif est relativement linéaire ↩
  4. C’est un des désavantages qu’on peut appliquer à son personnage à la création et qui peut faire gagner plein d’autres points pour monter des compétences ↩
  5. Non noble, sachant que tous les personnages de L5R sont en principe d’extraction noble ↩
  6. Cérémonie de passage au statut de samurai ↩
  7. Personnage non joueur, donc joué par le MJ ↩
  8. Oui à cette période, la sexualisation des scénarii était pas forcément le seul problème de la table du coup parfois, les déboires de mon personnage me passaient à trente kilomètres au-dessus du carafon ↩
Jeux de rôle c'est de l'humourhomophobiehypersexualisationjdrjeux de rôlesexismestéréotypestémoignagetransphobie

Tâter le terrain

le 4 février 2014 par Kalayel

Pendant longtemps, car ce fut parmi mes premiers pas dans le monde « geek, » j’ai participé au forum du webzine « 42 » et ainsi qu’au webzine lui-même dans les derniers mois de sa publication. Ce forum a connu bon nombre de remous et de discutions engagées (et enragées) lorsque des remarques sur le sexisme dans les jeux vidéos se faisaient entendre.

Chaque fois qu’une des vidéos d’Anita Sarkeesian, sur sa série « Tropes vs Women in Video Games » sortait, les voix les plus virulentes étaient celles des levées de bouclier, et chaque fois il fallait tout ré-expliquer depuis le début. L’objectification, l’idéalisation, le male gaze et autres « bases » avaient droit à leur come-back pour chacune des vidéos. L’article bien connu de Mar_Lard a également eu le même effet, a amené aux mêmes explications encore et encore, aux mêmes levées de bouclier et, comme à chaque discussion sur le sexisme, toute les critiques imaginables faites au féminisme.

Suite à ces déchaînements, le forum semblait s’être calmé, même si, malheureusement, les deux « camps » restaient sur leurs décisions. Le forum — semblait — s’être calmé. Jusqu’à ce que, par-ci par-là, des tentatives de troll ne surviennent, comme pour jauger la situation, voir si l’on pouvait taper sur les féministes du forum sans se prendre une tape sur les doigts. Quelques fois j’ai tenté de répondre, mais on m’a fait comprendre que je réagissais « trop brusquement ».

Finalement, j’ai arrêté de participer à la vie du forum lorsque ces deux images ont fait leur apparition sur un topic dédié aux images amusantes :

Ceci est Barbie. Au cours des dernières années elle a été l'objet de controverses car les féministes considèrent qu'elle représente un standard de beauté irréaliste, maladif et injuste qui diminue l'estime-de- soi des petites filles. Et à côté d'elle, Musclor.
Ceci est Barbie. Au cours des dernières années elle a été l’objet de controverses car les féministes considèrent qu’elle représente un standard de beauté irréaliste, maladif et injuste qui diminue l’estime-de- soi des petites filles. Et à côté d’elle, Musclor.
- J'ai créée un robot féministe ! - VIOOOOOOOOOOOOOOOOL - Pourquoi ?
– J’ai créée un robot féministe ! – VIOOOOOOOOOOOOOOOOL – Pourquoi ?

Quand j’ai fait remarquer une tentative de troll, on m’a donné comme explication :

Les deux qui pourraient paraître « anti-féministe » c’est du second degré. On se vautre dans la facilite et c’est presque plus drôle que la blague de base.

Ou encore :

Moi je suis féministe, pour l’égalité, tout ça, mais j’ai trouvé les images rigolotes. L’auto-dérision, c’est cool.

C’est toujours la même chose, soit on ne comprends pas le second degré, surtout lorsqu’il est aussi évident (tousse) ou alors on n’a pas d’humour. Du coup, cela faisait quelques mois que je n’étais pas retourné sur le forum, et quand l’envie m’a pris d’y refaire un tour, sur le même sujet, le dernier post contenait ce montage :

Chiennes de garde

Après toutes les discussions qui avaient eu lieu, une attaque gratuite contre Mar_Lard revenait. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est que je reconnaissais l’image, qui provenait de ce tumblr « Les Concours débiles de CPC où CPC proposait un concours, un florilège d’images, parfois excellentes, reprenant en français intégral des jaquettes de jeux vidéo en anglais. Parmi toutes les images qu’il y avait, parmi les bons jeux de mot sur les titres de jaquettes qui se trouvaient dans la liste, celle la plus digne d’entrer dans la catégorie « image amusante » était celle qui avait le moins à voir avec le but originel du concours, et qui n’était qu’une « blague » mesquine.

C’est pour cette raison que je ne participerais plus au forum. Et c’est aussi pour cette raison que je trouve dommage qu’une communauté, qui pourtant était vivace, emplie de membres amusants, intelligents, perde des membres en se laissant gangrener par des personnes qui aiment à rire entres elles au dépend d’autres.

Parler du sexisme et de la représentation des femmes dans les jeux vidéo n’est facile nulle part. En faire prendre conscience est d’autant plus difficile. Je pense qu’une femme aura du mal à se sentir bienvenue sur quelconque forum présentant ce genre de « blague » et où la voix de quelques trolls est finalement plus à l’abri de celles tentant de s’en défendre. Le premier pas serait de reconnaître la réalité du sexisme dans le monde du jeu vidéo, et de respecter les personnes qui choisissent d’en parler, plutôt que de les faire taire à grand renfort de prétendu second degré.

Édité par Alda

Jeux vidéo communautéharcèlement en lignemisogyniesexismetroll

Des seins pour la recherche

le 2 février 2014 par Xetra

Je me suis souvenue d’une anecdote de lycée : certaines classes, dont la nôtre, avaient été invitées à un salon où des chercheurs présentaient leurs travaux en cours. Les classes sélectionnées étaient celles de section scientifique comportant le plus de filles, dans une idée de les encourager à poursuivre dans ces voies où elles restaient pour l’instant minoritaires (en l’occurrence, notre classe devait être constituée de 3/4 de filles).

Entre autres, un informaticien présentait un programme qu’il mettait au point, qui faisait qu’en passant la souris sur une image on se heurtait à plus ou moins de résistance, ce qui donnait une impression de toucher. Il nous avait expliqué rapidement le principe et nous avait fait tester sur différentes images, des tissus, un paysage, un labyrinthe, des choses comme ça. Et puis il avait ouvert la photo d’une actrice (je ne saurais plus dire laquelle, j’avais juste noté qu’elle avait de la poitrine) avec un décolleté, dans une pose aguicheuse, et avait dit « qui veut toucher [actrice] ? »

Ça me frappe aujourd’hui de voir que ça ne m’avait pas choqué à l’époque. Ma réaction avait plutôt été de lever les yeux au ciel en me disant « ah, les informaticiens, tous les mêmes ». Sauf que j’ai pu constater depuis que non, les informaticiens ne sont pas « tous les mêmes », et que c’était surtout un type qui n’était peut-être pas obligé de faire part de ses fantasmes à un groupe d’adolescentes.

Tech développementhypersexualisationmilieu professionnelobjectificationostracisationtémoignage

Pas de filles chez Machinima

le 1 février 2014 par Vailalex

Donc, dans d’étranges circonstances, je me suis retrouvé sur la page d’accueil de Machinima. Pour ceux qui ne connaissent pas Machinima, il s’agit d’une chaîne de contenus autour du jeu vidéo.
Et voici la toute première phrase de leur site : « Machinima est un groupe média dans le domaine du jeux vidéo qui vise les jeunes HOMMES du monde entier. »

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Dans leur « À Propos » on trouve : « Machinima possède des séries, du contenu original, des programmes hebdomadaires et quotidiens, du contenu officiel d’éditeurs, et des vidéos de gameplay – tout pour gâter les HOMMES de 18 à 34 ans. »

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Tu remplaces homme par joueur (ou gamer car gamer est neutre) et le sexisme disparait… pas compliqué…

En fouillant un peu plus sur leur site, j’ai regardé leur audience…
77% sont des hommes. Ce qui me choque, ce n’est pas le fait qu’ils le montrent mais plutôt comment ils l’affichent : En gros, au milieu et en rouge….

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Sûr qu’en ostracisant soigneusement le public féminin de la sorte, c’est facile ensuite de prétendre « mais les femmes ne s’intéressent pas aux jeux vidéo, c’est comme ça ! » Notez que même si elles ne sont visiblement pas les bienvenues chez Machinima, les femmes représentent tout de même un quart de son public…

Édité par Mar_Lard

Jeux vidéo communautéjeux vidéomachinimamarketingmarketing genréostracisationsexismestéréotypes

La fangirl, nouvelle cible de la misogynie ordinaire

le 30 janvier 2014 par Clémence

Ceci n’est pas tant un article sur le sexisme à l’encontre des femmes dans un milieu geek à prédominance masculine, qu’un article sur le sexisme à l’encontre d’un milieu geek à prédominance féminine. Oui, oui, cela existe. On a tendance à associer les recoins sombres d’Internet à des usagers masculins, et pourtant, il est des endroits peu connu des usagers « mainstream » qui sont presque entièrement féminins. De nombreuses utilisatrices, cachées derrière des pseudos et par écrans interposés, se retrouvent sur des sites bien particuliers où elles échangent, discutent, analysent, rigolent, débattent, s’émeuvent, s’excitent, créent, recréent et transforment des produits culturels. Bienvenue dans l’univers des fangirls.

Dites le mot « fangirl » et les gens pensent immédiatement à une préadolescente en larmes au concert de One Direction. Celle-ci, la pauvre, est déjà l’objet des rires dédaigneux des adultes qui restent perplexe devant les cahiers et les murs de ces demoiselles, plastronnés de sourires de Harry et Liam (qu’ils repensent à l’état des garçons entre 12 et 15 ans et ils auront peut-être un début d’explication). Mais la fangirl, c’est beaucoup plus que ça. J’en sais quelque chose, puisque que j’en suis une, et ça fait bien longtemps que j’ai passé ma période boyband.

Dans les années 2000, tout se passait sur le site Livejournal, où des bloggeuses (et quelques bloggeurs) de tous les âges s’enflammaient à propos d’Harry Potter ou de Twilight. Des tonnes de méta étaient publiées chaque jour, dont une bonne partie concernait les « ships » (raccourci de relationships, les relations amoureuses), objets d’innombrables conjectures, et les guerres verbales étaient parfois si intenses que certains posts généraient des milliers de commentaires. Quand les trolls s’en mêlaient et que l’on commençait à se traiter mutuellement de nazis, ça finissait sur l’excellent Fandom Wank (ce qui veut dire, pour les non-initiés, « branlette de fandom »).

Le fandom, c’est le groupe de fans d’un produit culturel. Et pour certains de ces produits, les fans sont très majoritairement des femmes. Aujourd’hui, elles ont migrées vers Tumblr et s’intéressent davantage à Sherlock, Supernatural, Doctor Who, l’univers Avengers et les deux sagas Tolkien, mais les us et coutumes restent les mêmes : débats sur les ships et production intensive d’œuvres transformatives, le tout agrémenté de gifs marrants et de commentaires assez salés sur les acteurs et personnages qu’elles adorent.

Jusque là tout va bien. Sauf que lorsque les médias ont découvert le pot aux roses -– des jeunes femmes qui se passionnent ensemble pour quelque chose, font des blagues à caractère sexuel, expriment du désir et de la créativité, imaginez un peu ! -– les fangirls ont été la cible d’attaques en règle qui ressemblent fort, ma foi, à de la misogynie pure et simple. Démonstration en trois points.

1. Cachez cette fanfiction que je ne saurais voir (sauf si c’est pour me payer votre tronche)

Premier objectif en ligne de mire : les « fanworks », c’est à dire toutes les déclinaisons de la fanfiction et du fanart. La fanfiction, discipline majoritaire, ce n’est pas quelque chose de nouveau, loin de là. La réappropriation de personnages pour réécrire leur histoire et en inventer de nouvelles est une pratique extrêmement ancienne, et sans même aller jusqu’à Roméo et Juliette de Shakespeare, qui n’est qu’une version parmi d’autres d’un conte oral, les fans de Star Trek dans les années 60 s’en donnaient à cœur joie.

Le phénomène a pris de l’ampleur et s’est féminisé avec Internet, mais c’est à la sortie de Cinquante Nuances de Grey, adaptation d’une fanfiction érotique de Twilight, que le monde a découvert, ébahi, ces jeunes femmes qui écrivaient pour leur plaisir et celui des autres des histoires transformatives. Pendant que les journalistes inventaient l’odieux terme « mommy porn » (par opposition au porno « normal », c’est à dire façonné pour les hommes), nous dans les fandoms, on se demandait pourquoi les gens étaient assez stupides pour payer vingt-cinq euros pour un livre ultra-médiocre alors que des histoires de qualité bien supérieure étaient disponibles gratuitement sur les nombreux sites de fanfiction.

Le problème, c’est que l’idée que des femmes entre elles puissent prendre en main des personnages fictifs et les utiliser dans des œuvres transformatives, et surtout dans des œuvres à caractère érotique, est une pilule apparemment difficile à avaler pour certains. Est-ce parce que cela va l’encontre de l’image bien lisse de la sexualité féminine que la société nous impose ? La femme indépendante et entreprenante fait-elle encore peur ? Quoiqu’il en soit, puisque les détracteurs des fanworks ne peuvent pas en arrêter la production –- publiés sans intention d’en tirer profit, ils tombent dans la catégorie de « fair use » (usage équitable) et ne violent pas les copyrights -– ils ont opté pour une autre stratégie : ridiculiser publiquement les fangirls et leurs créations.

Cela a non seulement l’avantage de les décrédibiliser aux yeux du grand public mais c’est aussi un très bon moyen de faire du buzz, et facile comme tout en plus. Je suis un présentateur à une heure de grande écoute qui va bientôt recevoir Martin Freeman sur le plateau et j’ai envie de faire rigoler le beauf de base ? Je vais sur Google, je tape « Johnlock fanart » (fanart qui met en scène Sherlock Holmes et John Watson, joué par Freeman dans la série), j’imprime quelques exemples qui vont du bisou au porno hardcore et hop ! Le tour est joué. Je montre ça à mon pote la star et on se paye une bonne partie de rigolade sur le dos de ces détraquées qui fantasment toute la journée derrière leur écran.

Le présentateur britannique Graham Norton dans son émission, le 7 mars 2013. Si vous avez le cœur bien accroché et que vous avez plus de 18 ans, allez voir toute la vidéo.

Le présentateur britannique Graham Norton dans son émission, le 7 mars 2013. Si vous avez le cœur bien accroché et que vous avez plus de 18 ans, allez voir toute la vidéo.

Et puis comme ça marche, quand je suis journaliste et que je n’ai pas envie de me fouler à trouver des questions intéressantes –- je m’appelle Caitlin Moran et j’écris pour le Times alors je suis pas payée pour ça, hein –- je reprends les bons conseils de Graham Norton, et, lors de l’avant-première de la nouvelle saison de Sherlock, je fais lire à Martin Freeman et Benedict Cumberbatch, sur scène devant des centaines de personnes, des extraits d’une fanfic érotique que j’ai trouvé sur Internet. Je m’en fous pas mal si l’auteure de la fanfic en question va sûrement voir la vidéo circuler sur Tumblr et en faire une crise cardiaque, c’est légal, après tout, et puis quand on met quelque chose sur le web, c’est bien parce qu’on veut que tout le monde le voit, non ?

Eh bien, non. Les auteurs de fanworks n’ont qu’une envie, c’est qu’on leur foute la paix et qu’on les laisse faire mumuse tranquilles, et certainement pas que des gens extérieurs au fandom viennent les emmerder et remettre en cause leurs pratiques. Oui, certains fanarts sont affreux. Oui, certaines fanfics sont écrites avec les pieds. Non, je n’ai pas envie de savoir de quoi Loki aurait l’air déguisé en strip-teaseuse ou en mère célibataire, pas plus que ce pauvre Tom Hiddleston (pris au piège dans cette vidéo, à partir de 18m52s). Mais qu’il y ait de mauvais fanworks n’est pas le problème. Le problème, c’est qu’on ne parle JAMAIS de fanarts magnifiques qui vous laissent muets d’admiration et de fanfics excellentes qui vous scotchent à votre iPad pendant des heures. On parle TOUJOURS de ce qu’il y a de plus explicite, de plus ridicule et de plus choquant.

Et pourtant, quand on y réfléchit, les pratiques des fangirls sont tout à fait semblables à celles des geeks : partage d’opinions, analyses méta, surexcitation à la sortie d’un nouveau produit, roleplay et cosplay, conventions. Les geeks subissent-ils donc le même sort de lynchage publique? La réponse est oui… il y a vingt ans de cela.

2. La fangirl, c’est comme un geek, mais en pas cool

Les trentenaires comme moi se souviendront peut-être de cette lointaine époque des années 90 lorsque, dans des séries comme Sauvé par le Gong, apparaissaient ces drôles de créatures à l’écran :

Sauvés par le gong

Incroyable mais vrai, c’est comme ça qu’on dépeignait les nerds accros aux jeux vidéos et aux jeux de rôle autrefois. Et comme les temps ont changés ! Aujourd’hui, pas un petit morveux de 5ème qui ne se vante pas d’avoir joué à Call of Duty tout le week-end en cours d’anglais le lundi (je parle d’expérience) et un geek, ça ressemble plutôt à ça :

Sheldon Cooper et l’un de ses fameux tee-shirts, sans doute en vente sur Urban Outfitters ou sur Rad.

Sheldon Cooper et l’un de ses fameux tee-shirts, sans doute en vente sur Urban Outfitters ou sur Rad.

Celui qui hier était la risée de la cour de recrée est devenu un hipster à gros pouvoir d’achat à qui l’on peut vendre une flopée d’éditions collector, et dans un monde qui carbure à Internet, ceux qui maitrisent les ordinateurs sont rois (et, bien entendu, se tapent de belles nanas, à l’instar des héros de The Big Bang Theory).

Mais la fangirl, elle, n’est pas prête de se trouver au centre d’intrigues amoureuses qui dureront sept saisons. Car la fangirl, elle, ressemble à ça :

Laura, fan de Sherlock

Ça, c’est Laura, fan de Sherlock et fan de slash (relations homoérotiques dans les fanworks), qui apparaît dans le premier épisode de la saison 3 de Sherlock, « The Empty Hearse ». Mais attendez, il y a mieux :

Osgood

Ça, c’est Osgood, fan du Docteur qui a fait son apparition dans l’épisode du 50e anniversaire de Doctor Who. Laura et Osgood ont des points communs évidents : cheveux sombres, fins et plats, attributs pas du tout mis en valeur, fringues pas à la mode et caricaturales (look gothique pour l’une, grosses lunettes et blouse blanche pour l’autre) – en clair, elles sont à l’encontre des canons de beauté standards. Ce bon vieux Steven Moffat (dont on ne compte plus les sorties sexistes) a très clairement voulu les rendre indésirables. Dans le cas d’Osgood, il a même réutilisé le vieux cliché de l’inhalateur pour asthmatique histoire d’être sûr, vraiment sûr, qu’on ait bien compris à quel point c’était une nerd.

La fangirl est aujourd’hui victime des mêmes stéréotypes que les geeks d’antan: physiquement inapte, quelconque et sans charme, tout en bas de l’échelle sexuelle, elle reporte sa frustration dans des fantaisies immatures et irréalistes.

Le fait d’associer l’emballement et la passion d’une femme à un certain manque sexuel n’est pas nouveau non plus, et l’hystérie, dans le temps, n’avait pas meilleur remède que le coït salvateur. D’ailleurs, la journaliste Caitlin Moran (oui, encore elle) a tweeté ceci la veille de l’avant-première de Sherlock au British Film Institute :

Apparemment il y a DÉJÀ des gens qui font la queue pour Sherlock au BFI demain #dévouement #engelures - #pucelles - TROP DUR MAIS TROP VRAI

Apparemment il y a DÉJÀ des gens qui font la queue pour Sherlock au BFI demain #dévouement #engelures – #pucelles – TROP DUR MAIS TROP VRAI

Ouais, c’est super LOL, Caitlin, la prochaine fois tu prendras un taxi et tu iras leur dire ça en face au lieu de faire ton numéro de claquette pour tes centaines de milliers d’abonnés sur Twitter. Ne nous étendons pas sur le fait qu’elle considère la virginité comme une caractéristique infamante, ce qui mériterait en soi un autre article, mais il y a tout de même de quoi pleurer quand on constate que ces inepties circulent encore en 2014, et venant qui plus est de quelqu’un que les médias considèrent comme « féministe ».

Par ailleurs, j’attends encore le jour où l’on traitera des fans de foot prêts à tout pour obtenir un billet pour un match de Coupe du Monde de #puceaux. Parce que quand des hommes s’époumonent pendant deux heures dans un stade de foot devant vingt-deux pékins qui courent derrière une balle, personne ne bronche. Par contre, quand des femmes s’extasient pendant deux heures dans une salle de cinéma sur les muscles de Captain America, c’est qu’elles n’ont pas ce qu’il faut à la maison, et en plus elles exaspèrent les « vrais » fans qui sont venus parce qu’ils aiment le comics.

3. La fangirl, ce n’est pas une « vraie » fan

Et c’est là, sans doute, que les problèmes de la fangirl rejoignent ceux de la « fake geek girl ». On considère qu’une fangirl est incapable d’estimer un produit culturel à sa juste valeur, tout ça parce qu’elle a le malheur d’exprimer son appréciation pour le physique de certains personnages.

Donc si j’aime Le Hobbit parce que je l’ai lu quand j’étais petite et que j’aime aussi la voix de ténor de Thorin Oakenshield et les tresses blondes de Fili, je ne peux pas vraiment aimer Le Hobbit. Si je vais voir Thor pour contempler Tom Hiddleston en costume de cuir et sans avoir lu les comics au préalable, tant pis pour moi, je ne pourrai jamais m’intéresser à la trame narrative et aux autres personnages. En clair, mon goût pour les beaux mecs m’empêchera systématiquement d’apprécier pleinement des séries, des films ou des livres, parce que mon cerveau n’est capable que d’une seule et unique pensée monomaniaque et obsessionnelle, et demeure totalement imperméable au reste.

À quand le questionnaire à l’entrée des cinémas pour savoir qui à l’autorisation d’entrer parce que c’est un « vrai » fan ? Pour ma part, je n’ai pas l’impression que les studios Marvel ou Peter Jackson fassent la différence entre les treize euros que je paie pour une séance en 3D et ceux de mon voisin. Au contraire, ils en jouent fichtrement bien, et ils ont raison, parce que lorsque les fangirls s’emparent d’un produit culturel (parfois de façon tout à fait imprévue comme ça a été le cas pour Thor), elles mettent très facilement la main au porte-monnaie et deviennent essentielles dans la stratégie marketing des producteurs.

Ça, les autres fans ont beaucoup de mal à le supporter, surtout dans les vieux fandoms comme ceux de Tolkien ou de Sherlock Holmes (tendance « c’était mieux avant quand on était entre nous »), et la fangirl devient alors un bouc émissaire tout trouvé quand ils n’aiment pas ce qu’ils voient. Voici, à titre d’exemple, quelques commentaires publiés sur The Guardian (attention, gros spoilers sur la page!) après la diffusion du deuxième épisode de la saison 3 de Sherlock que beaucoup ont trouvé décevant :

J’avais peur que cela n’arrive, épisodes qui deviennent de longues lettres d’amour aux fans obsessionnels sur Tumblr. Quel dommage.

J’avais peur que cela n’arrive, épisodes qui deviennent de longues lettres d’amour aux fans obsessionnels sur Tumblr. Quel dommage.

De la pure branlette pour fan, Moffat et Gatiss doivent cesser de fréquenter Tumblr et Twitter et arrêter de faire plaisir aux fangirls et fanboys cinglés, et de nouveau faire de la bonne télévision.

C’était vraiment horrible ! Moffat et Gatiss doivent cesser de lire les commentaires des fangirls sur Tumblr.

C’était une série géniale (…) et je veux qu’elle revienne. (…) Les gars, on veut de nouveau les ténèbres, les frissons. Pas les frissons que veulent les filles (et les garçons) sur Tumblr, mais de vraies histoires pour adultes. Je veux bien accorder aux auteurs de fanfic S1E1 – mais Moftiss, vous auriez dû revenir à l’excellence des débuts pour l’épisode 2 pour que vos vrais fans -– ceux qui parleront encore de Sherlock dans 20 ans, quand les fangirls auront abandonné Johnlock pour suivre une nouvelle mode — continuent à vous applaudir. Comme nous voulons tellement le faire.

Voilà, les dés sont jetés. À cause de moi, il n’y aura bientôt plus d’ « histoires pour adultes » à la télé. Je ne parlerai pas de Sherlock à mes enfants dans vingt ans, tout ça parce que j’aime bien Johnlock (en fait, je n’aime pas Johnlock ni le slash en général et je suis loin d’être une exception, mais bon, pourquoi faire vrai quand on peut faire simple). Et puis je ne leur parlerai pas non plus d’Harry Potter, puisque j’ai passé une bonne partie de mes années de fac à écrire de la fanfic en attendant la sortie de chaque livre et débattre sur des forums en soutenant que Harry allait forcément finir avec Ginny et pas Hermione. Non, je n’étais investie dans l’histoire que parce que je trouvais Daniel Radcliffe super beau (surtout quand il avait onze ans et moi vingt), et c’est sans doute aussi pour cette raison que je relis régulièrement les sept tomes de la saga.

Eh oui, malheureusement pour les « vrais » fans, les fangirls sont extrêmement coriaces, et si beaucoup d’entre nous passent en effet d’un fandom à l’autre au cours des années, notre amour pour nos séries et nos livres préférés reste intact. Et notre soif de passion et de création, elle, ne nous quitte jamais, en dépit de ceux qui voudraient que nous ayons honte de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. Mais ce n’est pas à nous d’avoir honte. Nous n’avons aucune raison de rougir de ce que nous aimons, ni de nous excuser d’ »imposer » nos fanworks à qui que ce soit et quel qu’en soit le contenu. Après tout, ce que je vois tous les jours en rentrant du travail et qui m’est de fait imposé, sans que j’aie besoin de passer par une recherche sur Google Images, c’est ça :

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Perso, je préfèrerais largement un fanart de Iron Man qui roule une pelle à Hulk.

Comics Séries FanartFandomFanfictionMédiasmisogyniesexismestéréotypes

Une informaticienne/geek dans un milieu d’hommes

le 29 janvier 2014 par Kryss

Trois petites anecdotes de développeuse et joueuse de MMORPG.

Bonne fête !
Une anecdote qui me fait encore pleurer. Il y a quelques années, je cumulais un CDI plein temps d’analyste programmeur web en journée et des cours du soir en licence d’informatique le soir (car je n’avais que des formations qualifiantes et pas de diplôme viable). A ces cours, toutes les personnes avec qui j’interagissais savaient que je travaillais déjà dans le domaine et me demandaient parfois mon aide, hommes comme femmes. Pas aussi souvent qu’on aurait pu l’imaginer vu que j’étais censée être pro parmi les étudiants, mais quand même. C’est un de mes camarades (connaissant mon boulot) qui m’a cloué sur place en m’envoyant, en avril, un SMS me souhaitant une « Bonne fête des secrétaires ! ». Ce n’était pas une blague, et j’ignore toujours ce qui lui est passé par la tête. Des années plus tard, en tant que .Net Consultant (programmation web toujours), un collègue a plaisanté : « Si t’es méchante comme ça t’auras pas de fleurs pour la fête des secrétaires ! » qui me l’a vivement rappelé. Le « pourquoi ? » reste sans réponses, mais très, très amer.

Obéir à une femme ? Jamais !
A une époque, je jouais de manière très investie dans une communauté compétitive sur un jeu type MMORPG. Un jour on recrute un nouveau membre placé sous mon commandement. Tout allait bien jusqu’à ce qu’il entende ma voix et comprenne que j’étais une femme. Après ça il ne m’écoutait plus et rejetait complètement mon autorité et mon savoir. J’ai pris sur moi et pendant des semaines je lui faisais remarquer sans amertume ses moindres erreurs, et m’efforçait d’être de mon côté irréprochable. Ça a porté ses fruits : Il a fini par s’adresser à moi en tant que mec. Genre « [Mon pseudo] est quand même un gars bien ». C’était visiblement la seule façon pour lui de se mettre sous les ordres d’une femme.

Meilleure qu’un homme ? Ha ha, dans tes rêves.
Dans cette même communauté, juste après un patch, il s’est avéré que mon personnage avait été boosté et pouvait à présent rivaliser avec d’autres classes en terme de dégâts. Au premier combat où j’ai fini première du groupe de 25 aux dommages effectués, j’ai reçu dans la foulée des messages privés de trois personnes me disant que, moi, je n’y étais pour rien, que c’était le patch qui avait complètement mal calculé pour moi, qui les avait désavantagés, que normalement ça ne pouvait pas être moi, que ça devrait être eux les premiers, que le boss m’avantageait,…
Euh… Je n’ai rien demandé, je ne me suis pas vantée, à peine étonnée devant mon écran mais sans leur en parler. Pourquoi venir me démonter gratuitement ? Autant ils acceptaient quand j’étais première en « soins donnés » (même si j’étais bien derrière eux en équipement), autant quand ça concerne les dommages effectués, là non, une femme n’est pas recevable. Et tout le temps que je passais à calculer via Excel ou par simulation comment faire le plus de dommage possible n’était visiblement pas à prendre en compte.

Et tant d’autres…
Je ne compte plus le nombre de personnes étonnées voire révoltées que je joue des hommes en jeu de rôle. Ca va du « Tiens, tu joues un homme ? » aux « Non j’interdis qu’on ne joue pas un perso de son sexe à ma table ! ». Quand je voyais les autres personnages joueurs prendre plaisir, dans les jeux de rôle « maléfique », à violer les femmes qu’ils croisaient, je n’avais juste pas envie d’en être une. Et pourtant je devais souvent défendre mon bout de gras pour pouvoir, le temps d’un jeu, être un homme.

Depuis je garde mes écouteurs quasi tout le temps au travail (ce n’est pas un cas isolé, j’ai réussi à compter 20 remarques sexistes en 1h30 de resto par exemple. Allant jusqu’aux « Les femmes, on ne peut pas travailler avec ! » très sérieusement argumenté).
Les MMO je n’y joue que des hommes et ne dévoile quasiment jamais être une femme.
Les jeux de rôles j’ai arrêté.

Jeux de rôle Jeux vidéo Tech développementjeux de rôlejeux vidéomilieu professionnelmisogyniemmorpgostracisationsexismestéréotypestémoignage

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